L'enfant exprime naturellement ses émotions, parle spontanément des problèmes qu'il rencontre. C'est ce qui lui permet - face à une situation déstabilisante - d'évacuer ses tentions intérieures, de trouver de l'aide pour résoudre ce qui lui pose problème, du soutien ; c'est ce qui lui permet de retrouver son calme, sa stabilité, de se sentir  en paix avec lui-même, avec son univers ; c'est ce qui lui permet d'aller bien.

 

Dans l'histoire des personnes souffrant de boulimie et autres T.C.A.,  on relève très fréquemment un instant T à partir duquel ces personnes sont passées d'un tempérament « d'enfant libre »  à celui «d'enfant qui contient », qui intériorise.

Il s'agit d'une période pendant laquelle la personne a été confrontée pour la première fois à un évènement « trop grand pour elle », c'est-à-dire un évènement à ce point déstabilisant qu'elle n'a pas pu de le gérer avec les moyens qu’elle possédait. Pour la première fois cette personne ne s'est pas sentie la capacité, la liberté, l'espace de dire son malaise, n'a pas voulu ou n'a pas pu exprimer ses émotions et a fini par tout garder pour elle, par tout contenir.

 

Voici les raisons invoquées en séances :

ð    « Mon problème focalisait tellement mon attention que je n'ai même pas pensé à en parler. »

ð    « Mon émotion était tellement forte que j'avais peur de perdre pied si je la lâchais. » (Chaque nouvelle émotion est alors contenue pour ne pas laisser échapper les émotions précédemment bloquées).

ð    « Mon émotion était tellement forte que je n'arrivais pas à la faire sortir, à l'exprimer, à l'évacuer. »

ð    « J'avais commencé à exprimer mes émotions mais on m'a coupé dans mon élan, on m'a interdit de pleurer, de me mettre en colère. »

ð    « Mon proche était déjà tellement en souffrance que je ne voulais pas en rajouter. »

ð    « J'avais honte de ce qui m'arrivait et me sentais coupable, j'ai tout masqué. »

ð    « J'avais peur qu'on me juge. »

ð    « J'ai voulu en parler mais personne n'était disponible à ce moment là. »

ð    « J'en ai parlé mais personne ne m'a écouté, personne ne m'entendait, on n'a pas du tout tenu compte de ce que j'avais exprimé. »

ð    « J'avais l'impression que parler de ce qui me tracassait serait inutile, que ça ne changerait rien de toute façon. »

Etc.

 

A partir de cet instant T - et pour ces diverses raisons - une croyance se développe : les émotions doivent être contenues. Au premier malaise intériorisé vient s'ajouter les suivants, les émotions s'accumulent alors et chaque nouvelle difficulté rencontrée devient de plus en plus insupportable.  L'enfant libre devient un adulte qui panique lorsqu'il est confronté à une situation qui lui échappe, à une émotion dont il ne sait que faire. Il développe des stratégies pour éviter d’être confronté aux émotions (« stratégies d’évitement ») et d’autres stratégies pour calmer les émotions déjà présentes (« stratégies d’atténuation »), les Troubles du comportement appartiennent à ces deux familles de stratégies.

 

 

Article écrit par Barbara Verhaeghe, Thérapeute TCA

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